Le discours d’Emmanuel Macron, à l’Université Humboldt (Berlin, 10 janvier 2017)

 

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Synthèse réalisée par Henri Fontaine, membre du ME-F 34

Confiance réciproque et solidarité, tel est le leitmotiv de la profession de foi européenne  d’Emmanuel Macron à l’Université Humboldt de Berlin le 10 janvier dernier. Pour le candidat à l’élection présidentielle, il s’agit pour l’Europe de rattraper une décennie de retard dans sa construction. La France fera ses réformes, l’Allemagne doit investir. A Paris de mieux respecter ses engagements européens, à Berlin de ne pas surévaluer l’aléa moral des pays du Sud. Il faut selon lui mettre fin à la ‘’chorégraphie’’ de la France qui se bloque lorsqu’il s’agit de modifier les traités et de l’Allemagne qui se crispe s’il est question de transferts financiers. Investies de la mission de sauver l’Euro dans le cadre d’un ‘new deal’’, France et Allemagne doivent initier une ère nouvelle de l’Europe souveraine fondée non plus sur un traité peu lisible, mais sur une feuille de route en associant largement les citoyens des pays membres à son élaboration. Chacun d’eux aura ensuite la faculté de la ratifier ou de la rejeter mais ne pourra en aucune manière bloquer le processus enclenché pour une Europe plus intégrée.

Devant un public nombreux, composé en majorité de jeunes, aux premiers rangs duquel plusieurs personnalités politiques allemandes dont l’ancien Vice-Chancelier Joschka Fischer, mais aussi l’eurodéputée française Sylvie Goulard et Daniel Cohn-Bendit, Emmanuel Macron a exposé pendant une heure sa vision de l’Europe, de la relation franco-allemande comme moteur irremplaçable du redémarrage de la construction européenne.

L’hommage à l’engagement de la classe politique allemande

Débutant par un hommage à l’ancien président Roman Herzog décédé le jour même, il aura choisi, selon ses propres mots, de paraphraser son discours célèbre outre-Rhin, soulignant la nécessité d’une secousse, non plus cette fois-ci pour l’Allemagne mais pour l’Europe dans son ensemble.

S’adressant ensuite à Joschka Fischer, l’ancien ministre français est revenu sur l’allocution prononcée dans ces même lieux en 2000 par le Vice-Chancelier et ministre des affaires étrangères de l’époque qui était en fait un appel vibrant à la France pour le renouveau de la construction de l’Union, appel resté sans réponse ; une ‘’grande erreur’’ souligne M. Macron, qui déplore ce rendez-vous manqué avec l’Histoire. Ce n’était pas le premier puisque, la motion animée du même esprit, soutenue dès septembre 1994 par Mm. Schäuble et Lamers, -dont une phrase-clef sera citée en allemand par M. Macron quelques minutes plus tard - était, elle aussi restée sans écho.   

De même, la chancelière Angela Merkel mais aussi la société allemande sont louées pour leur lucidité et leur courage dans leur accueil des réfugiés, car cela répondait à ‘’nos valeurs communes’’. Emmanuel Macron prend soin d’ajouter que l’impact de l’arrivée de migrants est très différent en France de ce qu’il peut être sur l’autre rive du Rhin.

La décennie perdue : une responsabilité partagée

Depuis l’échec des référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas, nous avons fait preuve de lâcheté en mettant de côté nos ambitions telles qu’elles avaient pu être pensées par Joschka Fischer, Wolfgang Schäuble, Karl Lamers et aussi Alain Juppé. L’Europe n’avance plus et la responsabilité en incombe au premier chef  à la France et à l’Allemagne; la première ne veut plus entendre parler de changer les traités; la seconde est rétive à tout transfert financier.  Parallèlement, on a assisté à l’instauration de la défiance en Europe ; le Conseil Européen est ainsi devenu la scène d’un théâtre où chaque chef d’Etat négocie la forme de son communiqué qu’il ira ensuite présenter à son opinion publique comme une ‘’victoire’’ sur les autres Etats-membres.

Emmanuel Macron va plus loin en dénonçant les dérives démagogiques, nationalistes en Europe et dans son pays. Il faudrait y dépenser davantage selon plusieurs candidats à l’élection présidentielle ; il faudrait ne pas se soumettre aux prétendues injonctions de Bruxelles et de l’Allemagne. En Allemagne, on parle parfois de la supposée ‘’frénésie gauloise’’, de ‘’’modèle grec’’.

M. Macron entend refuser cette démagogie qu’il dénonce chez ses concurrents en citant sans le nommer  l’un d’entre eux en français: ‘’renverser la table pour parler durement aux Allemands’’. Une attitude qu’il n’hésite pas à qualifier de ‘’pure bullshit’’, de même que des partenariats alternatifs au franco-allemand auxquels certains ont pu songer en France.

En finir avec les clichés entre France et Allemagne

Il faut sortir des clichés d’une France s’agitant à l’international mais engluée dans son fonctionnement interne d’un côté et de l’autre d’une Allemagne en grande forme économique mais naïve face aux menaces globales. Ce n’est plus le cas, martèle l’orateur. De même, la France n’est pas seule à intervenir militairement en Afrique, l’Allemagne vient d’envoyer de nombreux soldats au Mali, se félicite-t-il en se référant nommément à Mme Ursula von der Leyen, ministre de la Défense.

La Russie ne doit plus être ni un ‘’problème allemand’’ ni la dernière ‘’passion’’ française en vogue; de même, la politique euro-méditerranéenne n’est pas seulement l’affaire de la France, elle est aussi celle de l’Europe et de l’Allemagne.

Les cinq piliers de la souveraineté européenne

Pour Emmanuel Macron, les Européens, surtout leurs dirigeants, ont eu le tort de laisser le mot ‘’souveraineté’’ à l’extrême droite, à l’extrême gauche, aux populistes, car nous avons en fait besoin de souveraineté, une souveraineté européenne. Celle-ci doit selon lui reposer sur 5 piliers :

La politique d’asile
La sécurité interne et externe
L’Euro
Le développement durable
La révolution numérique

Seul un droit d’asile européen peut rendre l’Europe crédible vis-à-vis de ses citoyens

Nous avons besoin d’une force policière commune à nos frontières extérieures, le maintien des accords de Schengen passe par leur transformation. L’accord de Dublin ne suffit plus.

Une politique commune d’asile nous permettra de dialoguer entre UE et pays d’origine et de transit des migrants afin de pouvoir passer avec eux de véritables accords de coopération, notamment sur l’organisation du retour des déboutés du droit d’asile, et non un accord ‘’fadasse ‘’ avec la Turquie par exemple.

Faute d’une organisation commune nous ne pourrons mettre fin au jeu ‘’perdant-perdant’’ pour la France, l’Allemagne et les pays d’origine des migrants. Nous y arriverons en organisant annuellement une conférence de suivi entre ces pays et l’Europe. De la sorte, nous aurons l’adhésion de nos opinions publiques, car aujourd’hui nous ne sommes pas à même de mettre en œuvre nos décisions.

Nous devons surmonter nos résistances nationales et mettre sur pieds une agence européenne de renseignements apte à démanteler les réseaux criminels. A plus long terme, il faudra instituer une police commune contre le crime organisé et le cyber-terrorisme.

Défense et sécurité : l’impérieuse nécessité de mise en commun et de coordination de nos efforts

Nous ne sommes pas arrivés à la fin de l’Histoire comme d’aucuns avaient pu le croire par le passé ; les conflits armés à nos portes, puis le terrorisme sont venus nous le rappeler. C’est à l’Europe d’assurer sa sécurité.

L’institution récente de garde-côtes européens va dans le bon sens mais un minimum de 5000 agents mobilisables pour l’agence européenne doit être notre objectif.

L’UE ne dépense que la moitié de ce que consacrent les Etats Unis à leur défense alors même que la Grande-Bretagne est toujours comprise dans ce calcul.

La coopération militaire est plus faible qu’il y a 10 ans. Il nous faut rapidement créer un Fonds de Défense Européen destiné à la Recherche et à la constitution de capacités communes de défense. Les dépenses conjointes de défense par le budget européen doivent être encouragées notamment  par la construction de capacités d’endettement au travers de l’émission d’obligations pour la Défense européenne (‘’European defence bonds’’).

‘’Je ne crois pas les Français qui disent : la grande France, seule va parler à la grande Russie’’ (en français) good luck !...good luck !’’.  C’est ensemble que la France et l’Allemagne doivent parler à la Russie, c’est le seul moyen de rester crédible. Il en sera de même quand demain nous devrons parler à l’Algérie et à l’Egypte sur la question libyenne. Nous le ferons en tant qu’Européens.

Mais nous devons avoir des Quartiers Généraux européens permanents chargés des opérations, du planning, du suivi et travaillant main dans la main avec les commandements de chaque pays et ‘’l’OTAN est essentiel’’.  Emmanuel Macron propose l’établissement d’un Conseil de Sécurité Européen réunissant, diplomates, militaires, experts du renseignement destiné à conseiller les décideurs européens en cas d’attaques ou de menaces sur la sécurité. Nous devons aller vite insiste-t-il et ne pas nous laisser bloquer par l’absence éventuelle d’unanimité. Le club France-Allemagne que nous formerons restera ouvert aux autres.

Ce sera le meilleur moyen de faire face aux fantasmes du repli national et aux incertitudes sur notre partenaire américain. Celles-ci au demeurant ne datent pas de l’élection de Donald Trump ; le repositionnement stratégique de l’Amérique est en gestation depuis plusieurs années.

Seules, convergence et solidarité peuvent sauver l’Euro menacé dans son existence même

Il est à la mode en France et en Allemagne, mais pour des raisons opposées, d’accuser la devise européenne de tous les maux. Elle serait la raison d’une politique d’austérité en France qui d’ailleurs n’existe pas, précise l’ancien ministre et en Allemagne on considère qu’elle serait génératrice d’aléa moral et inciterait certains pays à ne pas se réformer. ‘’Je vous en prie, aller voir les réformes en cours au Portugal !’’

Le projet Euro est cependant inachevé et ne pourra survivre qu’au prix de réformes majeures. Un rappel est fait à l’initiative commune des ministres allemand et français de l’Economie ayant débouché sur un rapport des économistes Jean Pisani-Ferry et Henrik Henderlein sur la problématique de la convergence des deux économies.

Selon Emmanuel Macron, la crise de l’endettement des pays du Sud a débouché sur la préconisation forte de réformes et de ‘’surconsolidation’’ budgétaire mais la politique de convergence a échoué faute d’une approche intégrée des problématiques de ces Etats-membres qu’il se refuse à qualifier de ’’périphériques’’. Même si les succès et les échecs de l’Allemagne et de la France respectivement sont dus surtout à la mise en œuvre ou non de réformes, force est de constater que le dysfonctionnement actuel de la zone Euro bénéficie à l’industrie allemande comme si elle disposait d’un Deutschemark faible…

Face au problème des différences de niveaux de compétitivité des économies, l’outil de la dévaluation n’existant plus et en l’absence d’une solidarité qui se traduirait par des transferts financiers, nous devons constater notre échec en matière de convergence. Ces dysfonctionnements sont une entrave à l’avènement international de l’Euro face au dollar et nous devons subir sur des marchés étrangers les ’’diktats’’ américains.

Un ‘’new deal’’ est indispensable à la survie de l’Euro

Il faut restaurer la confiance entre France et Allemagne, mais aussi mettre fin à l’obsession de l’aléa moral; nous Français, devons réformer (éducation, formation professionnelle, marché du travail notamment) et respecter nos engagements d’équilibre budgétaire d’autant que nous les avions nous-mêmes décidés. New deal : convaincre l’Allemagne de dépenser beaucoup plus chez elle, d’avoir une politique davantage orientée vers la croissance, plus d’investissements au niveau européen. Un budget pour l’Eurozone  devrait disposer de ses propres capacités pour le financement des investissements stratégiques, l’assistance financière d’urgence (Mécanisme Européen de Stabilité Financière) pour venir en aide aux pays subissant des chocs externes majeurs.

Le budget communautaire sera voté avec un agenda de convergence en matière budgétaire et sociale (pas de solidarité avec les pays qui ne respecteraient pas les règles).

L’indépendance et l’action de la BCE à qui l’on doit beaucoup pour la devise européenne doivent être respectées mais le succès d’un pays ne doit pas se faire aux dépens d’un autre car les difficultés d‘un seul impactent l’ensemble. Stricte responsabilité et profonde solidarité doivent guider toute union économique et monétaire. Des règles claires, une coopération loyale, une assistance mutuelle, tels doivent être les principes d’un new deal, seul susceptible de restaurer confiance et croissance. Un devoir pour l’Europe confrontée en grande partie au chômage massif des jeunes.

La politique commerciale de l’Europe doit faire l’objet d’une concertation permanente

C’est aux yeux de l’ancien ministre une condition sine qua non à son efficacité et une garantie qu’elle bénéficiera à tous. Chacun ne peut jouer pour ses propres intérêts exclusivement. Quand la France le fait,  quand l’Allemagne le pratique en se prononçant pour la levée des obstacles aux importations de cellules photovoltaïques ou de panneaux solaires provenant de Chine, l’action à plus long terme de l’Europe est vouée à l’échec. C’est ensemble qu’il nous faut faire preuve d’audace par la promotion de nos intérêts offensifs, de nos préoccupations en matière de changement climatique, de nos normes sanitaires, d’alimentation etc.

Le développement durable : assurer la mise en application rigoureuse de la COP 21

La politique allemande de transition énergétique est saluée par M. Macron. La France prend sa part de cette reconversion et est engagée dans un processus de rééquilibrage au profit des énergies renouvelables. Dans ce domaine comme dans d’autres, il est primordial de nous donner des règles communes, de bâtir ensemble des infrastructures et surtout d’agir afin que les dispositions de la COP 21 soient appliquées et respectées.

La révolution numérique : un défi fondamental à relever ensemble

Cela est ‘’contre-intuitif ‘’ pour les Français mais il ne peut y avoir de ‘’Google français’’ affirme M. Macron; seul un Google européen est envisageable. Le marché unique n’a pas seulement pour vocation d’offrir une vaste zone de débouchés dans 27 pays mais également de servir de cadre à l’élaboration de règles communes : sur la protection des données, par exemple. Il est proposé de créer une Agence européenne sur la sécurité numérique. Elle servira à promouvoir nos valeurs communes, nos règlements, nos règles de protection ; car aujourd’hui nous sommes démunis face aux Etats-Unis  (GAFA) pour protéger nos vies privées, or nous devons pouvoir garantir cette protection à nos concitoyens. Pour ce faire, nous avons là aussi besoin d’une souveraineté de l’Europe. France et Allemagne doivent agir pour la création d’une Agence Européenne Numérique, à même de vérifier la transparence et la non-discrimination dans l’accès aux données.


‘’Nous ne coalisons pas les États, nous rassemblons les hommes’’ : la méthode à adopter pour une réforme des traités et des institutions

C’est sur la base de cette citation de Jean Monnet qu’Emmanuel Macron a développé devant son auditoire sa vision de la méthode à privilégier pour la reconstruction européenne. Il est essentiel d’adopter désormais une approche réellement démocratique. Les rencontres en cercle fermé entre leaders européens qui n’en réfèrent pas à leurs citoyens appartiennent à un passé révolu. Pour autant, le recours au referendum n’a servi qu’à ceux qui cherchent à détruire plutôt qu’à construire.

Une fois les élections françaises et allemandes passées, il faudra lancer dans chaque pays de larges conventions démocratiques d’une durée pouvant aller jusqu’à 10 mois, et cela au delà des partis et des intérêts purement nationaux.

Cela permettra d’aboutir non pas à un ‘’traité de 200 pages’’ qui donnerait des arguments aux démagogues mais à une feuille de route (road map) de 15 pages maximum que chacun sera apte à s’approprier. Après une conférence intergouvernementale, le document pourra être approuvé puis soumis à la ratification de chaque membre de l’UE, mais -rappelant la proposition de Sylvie Goulard et de Mario Monti pour la faire sienne- Emmanuel Macron précise que les Etats-membres qui refuseraient la feuille de route, resteraient en dehors de son champ d’application mais ne pourraient en aucune manière priver les autres de son bénéfice.

Il ne faut donc pas avoir de tabou et avancer de façon déterminée vers une réforme des traités comme des institutions. L’ancien ministre français reprend à ce sujet une proposition innovante et pragmatique de Daniel Cohn-Bendit,  présent dans la salle, qui souhaiterait que le quota de 73 sièges de députés qui sera libéré par le Royaume-Uni, soit à l’avenir réservé à une représentation proprement européenne au sein du Parlement.

Il nous faut une éthique européenne, il ne faut pas abandonner la parole à ceux qui doutent, à ceux qui haïssent. Il nous faut, à l’Allemagne et à la France une coopération culturelle entendue au sens le plus large possible, c’est une responsabilité historique qui nous incombe. S’il est élu Président de la République, Emmanuel Macron rétablira en France les classes bi-langues et les classes européennes. L’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ) verra ses moyens renforcés. Il proposera une généralisation du programme Erasmus à l’ensemble des jeunes, avec une ouverture à l’apprentissage. Mais ce ne peut être limité à des ‘’Espagnols se rendant à Berlin ou à Munich’’ ajoute-t-il.

Emmanuel Macron achève son intervention par un appel aux jeunes car c’est naturellement sur eux surtout que repose la construction de l’Europe. Entre Français et Allemands, nous avons parfois des intérêts immédiats divergents mais nous savons par l’expérience du passé qu’il nous faut nous entendre et déclencher une ère nouvelle. ‘’La France prendra ses responsabilités et j’ai confiance en l’Allemagne !’’


Quelles retombées à attendre du discours de Berlin ?
C’est à l’évidence un plaidoyer européen fort qu’Emmanuel Macron a tenu à dresser dans la capitale allemande, qui plus est dans une enceinte chargée d’histoire récente. Pour lui, comme pour d’autres leaders politiques français, il s’agissait d’une étape indispensable, d’autant que la thématique européenne  est depuis l’origine très présente dans sa campagne. On ne sait que peu de choses quant aux réactions suscitées outre-Rhin par ce discours qui se voulait refondateur. La plupart des quotidiens paraissent avoir rapporté l’événement mais se sont contentés d’une relation factuelle, les seules digressions s’attachant plutôt au contexte politique auquel l’ancien membre du gouvernement se trouve confronté dans son pays.

Un exercice délicat non dénué de critiques de la politique allemande
L’exercice de Berlin n’était cependant pas nécessairement simple pour le candidat à la présidentielle ; il lui fallait en effet à la fois convaincre des ‘’bonnes résolutions’’ de la France sans paraître vis-à-vis des eurosceptiques et europhobes comme l’obligé de la Chancelière et de son gouvernement, comme le futur ’’Vice-Chancelier’’ ainsi que serait tenté de le brocarder l’un de ses adversaires.
Cela explique probablement qu’après avoir fait l’éloge de la Chancelière, du personnel politique et de la réussite économique de l’Allemagne, il n’ait pas hésité, en termes relativement diplomatiques mais suffisamment explicites à pointer du doigt ce qui à ses yeux constitue des fautes à imputer à Berlin: son coup de force vis-à-vis de Bruxelles dans le dossier des importations de cellules photovoltaïques et de panneaux solaires de Chine, son cavalier seul dans la passation d’un accord (qualifié de ‘’fadasse’ ) avec la Turquie sur la question des réfugiés, voire la stigmatisation d’une certaine intransigeance allemande en matière de gouvernance  économique, message qu’il fait passer en le tempérant par  la concession d’une certaine indiscipline française.
C’est en matière économique et financière que la partie jouée par le candidat Macron tient du numéro d’équilibriste et risque éventuellement de se heurter outre-Rhin à un certain scepticisme. La France va désormais respecter ses engagements budgétaires- est-il mis en avant- va se contraindre à plus de discipline que par le passé, procédera aux réformes trop longtemps différées ; en échange Berlin va se montrer plus allante dans la relance de ses investissements grâce à ses réserves, investissements susceptibles d’enclencher une dynamique vertueuse de croissance.
Si les dirigeants allemands qui auront entendu ce discours se réjouissent nécessairement de cet état d’esprit, il existe de bonnes probabilités qu’ils nourrissent quelques réserves quant  l’opportunité de suivre les conseils qui leur sont prodigués. Cela reste à confirmer mais il semble en premier lieu que plusieurs économistes français estiment que les retombées en termes de croissance pour les pays de l’Eurozone ne seraient pas significatives, sauf à une ampleur inhabituelle d’investissements publics. En second lieu, la Chancelière pourrait objecter que cette relance est déjà en cours dans son pays avec plusieurs milliards d’Euros de dépenses supplémentaires engagées, en grande partie pour faire face à l’accueil et l’intégration des réfugiés et ce grâce à l’excédent budgétaire que l’Etat parvient à dégager depuis quelques exercices.
Les limites du débat de la convergence
Plus inattendue est la critique que reprend l’ancien Ministre de l’Economie sur l’Euro qui agirait comme un Deutschemark faible et favoriserait ainsi l’industrie allemande aux dépens de ses concurrentes, une thématique que l’on a plus souvent l’habitude d’entendre dans les cercles eurosceptiques ; sans doute faut-il comprendre ce passage comme à usage politique interne et peut-être les auditeurs l’auront ainsi entendu au demeurant. Il ne s’agit pas de revendiquer un quelconque contrôle sur la politique monétaire de la BCE puisque son indépendance n’est pas remise en cause. Le gouvernement allemand ne pourrait-il pas rétorquer par ailleurs  que la France et l’Allemagne ont la même monnaie et que la compétitivité des entreprises résulte de l’innovation ? Que, s’il faut certes tenir compte de la diversité de chaque pays et éventuellement consentir quelques efforts d’aide de remise à niveau, la variable monétaire ne détermine pas fondamentalement la compétitivité ? Cela n’a pas été (volontairement ?) précisé mais il est possible qu’il fallait entendre :’’ un peu d’attention de la part de Bruxelles et donc de Berlin à la situation spécifique de chaque pays autoriserait une prise en considération différenciée avec les mêmes critères de convergence à respecter mais sous des modalités et un calendrier adaptés.’’
 Cela étant dit, le message de la nécessaire confiance et de l’indispensable solidarité aura vraisemblablement été bien perçu.  
Des avancées nouvelles
Les autres chapitres de l’intervention ont sans aucun doute été jugés convaincants car fondés sur une approche dynamique mais aussi pragmatique. A titre d’exemple, l’affirmation de la non exclusivité de la France ni de l’Allemagne dans quelques régions hors UE que ce soit mais au contraire leur implication au titre de l’Europe apporte un vent de fraîcheur de la diplomatie française qui devraient être saluées par le premier partenaire de la France.  Les propositions quant à la question du traitement du droit d’asile, à celle de la sécurité et de la Défense devraient aussi rencontrer une adhésion sans réserves.
Sur les questions relatives aux nouveaux défis de la défense européenne, il peut être relevé que l’idée, souvent évoquée et discutée en France ces derniers mois, de retirer les dépenses militaires du calcul des déficits budgétaires nationaux n’est pas reprise par M. Macron ; il préfère proposer l’idée d’émissions d’obligations européennes pour financer les efforts complémentaires dans ce secteur, une approche pouvant sembler à Berlin plus rationnelle. Il était au demeurant malaisé d’arguer d’un effort au dessus de la moyenne de Paris pouvant justifier cette exception au moment où l’Allemagne vient d’autoriser pour 2017 des dépenses militaires en augmentation exceptionnelle de 2 milliards €, ce qui consacre un budget en valeur absolue  (37 milliards €, 39,2 d’ici 2020) plus élevé que celui de la France, même s’il reste en deçà, exprimé en pourcentage de P.I.B (1,22% en Allemagne, 1,77% en France).
Dans l’ensemble, ce renouvellement du pacte de confiance entre France et Allemagne, assis sur de nouvelles initiatives de fond qu’Emmanuel Macron a inscrites dans son programme  et qu’il est venu présenter à Berlin est à l’évidence bien perçu chez nos voisins. Ceux-ci sont en outre rassurés chaque fois qu’ils ont le sentiment que la France est déterminée à redresser ses comptes publics, à conduire ses réformes et à retrouver une santé économique qui leur est aussi vitale qu’à nous-mêmes.   
H.Fontaine