Jean-Luc Mélenchon : que vote-t-il au Parlement européen ?

Le ME-F, en partenariat avec Vote Watch et Notre Europe-Institut Jacques Delors analyse les votes des Eurodéputés français à mi-mandat.

Melenchon

Elu au Parlement européen en 2009 puis en 2014, Jean-Luc Mélenchon est membre du groupe Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique (GUE/NGL) qui rassemble 52 élus des partis de gauche anticapitalistes, communistes ou post-communistes.

Jean-Luc Melenchon est membre de la Commission des Affaires étrangères.

 

 

Un double discours ?

Un des premiers votes de Jean-Luc Mélenchon dans cette législature a été de s’opposer à l’investiture de la Commission Juncker le 22 octobre 2014.
Le 27 novembre suivant, quand le nouveau président de la Commission européenne est mis en cause dans une affaire pointant sa responsabilité, en tant qu’ancien Premier ministre du Luxembourg, dans les exemptions fiscales au profit d’entreprises multinationales, il refuse de soutenir la motion de censure initiée par les députés eurosceptiques britanniques menés par Nigel Farage et par les députés Front National. Il refuse de « faire tomber Juncker par la droite » et de mêler son suffrage « à ceux de l'extrême droite qui s'oppose en France à l'impôt et à l'harmonisation fiscale en Europe. »

Quelques mois plus tard, il n’hésitera pourtant pas à apporter son soutien à un amendement présenté par ces mêmes députés eurosceptiques britanniques qui vise à limiter le Plan d’investissements (ou plan Juncker) dont l’objectif est de mobiliser au moins 315 milliards d’euros dans l’économie de l’UE. Jean-Luc Mélenchon mêlera donc sa voix à celles des députés britanniques de l'UKIP et français du Front National, réunis.


Une position ambigüe envers l’approfondissement européen

Sur de nombreuses questions visant à consolider voire à fédéraliser certaines politiques européennes, Jean-Luc Mélenchon se situe à mi-chemin entre une opposition catégorique et un abstentionnisme ambigu.

A l’automne 2016, il vote contre l’adoption du Budget de l’UE, alors que les députés européens sont parvenus à augmenter les moyens alloués à l’emploi des jeunes et aux questions migratoires. Il explique son vote par le fait que ce budget est « notoirement insuffisant au regard des urgences sociales et écologiques auxquelles est confrontée l'UE. »  
Il s’est également opposé en juillet 2016 à la création de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes dont le but est de centraliser la gestion des frontières au niveau européen.

Au mois de décembre suivant, il s’abstient sur un texte réclamant une harmonisation fiscale européenne. Tout comme sur celui d’octobre 2016, qui demande un renforcement des moyens pour lutter contre la criminalité organisée et la création d’un parquet européen, « énième instance supranationale à laquelle je suis opposé ».
Il s’est encore abstenu, en septembre 2015, sur l’approbation de la décision de répartir les réfugiés arrivant en Italie et en Grèce dans les autres États membres.   

Un député de gauche parfois en opposition avec son groupe

Farouche défenseur du service public en France, Jean-Luc Mélenchon conserve les mêmes positions à l’échelle européenne. C’est ainsi qu’il soutient la proposition de son  groupe qui invitait les États membres à conserver les systèmes ferroviaires dans le secteur public et, par conséquent, à éviter toute privatisation.

Il a également soutenu un rapport d’initiative qui suggérait différentes solutions potentielles pour améliorer l’inclusion sociale des réfugiés ainsi que leur intégration sur le marché du travail.
Il s’est aussi opposé à la poursuite des négociations sur le partenariat transatlantique  (TTIP/TAFTA) avec les États-Unis ainsi qu’au renouvellement de l’autorisation du glyphosate.

Si Jean-Luc Mélenchon approuve, « sans illusion quant à ses effets », les nouvelles dispositions qui contraignent les autorités fiscales des États membres à partager leurs informations, il s’oppose, en revanche, à la directive visant à mieux protéger les entreprises européennes face à l’espionnage économique et industriel, qu’il soupçonne de vouloir préserver « aux multinationales des moyens d'attaquer les citoyens qui oseraient dénoncer leurs agissements ».

Suivant majoritairement les consignes de vote de son groupe, Jean-Luc Mélenchon s’en distingue sur plusieurs sujets emblématiques.
Sur la répartition des réfugiés, au sein du groupe GUE-NGL, il est le seul parlementaire français à ne pas apporter son soutien à la proposition et à s’être abstenu.
Il en est de même sur l’harmonisation des charges sociales et les salaires des travailleurs détachés. Jean-Luc Mélenchon a été l’un des rares membres du groupe GUE-NGL à choisir de s’abstenir sur cette question (les autres membres de son groupe ayant soutenu l’harmonisation).
Alors que son groupe est favorable à une harmonisation fiscale au sein du marché unique, le député Mélenchon s’abstient une fois encore.

Il est même arrivé qu’il vote à l’inverse des consignes du groupe GUE-NGL.
Ce fut le cas en septembre 2016 sur un texte défendant les droits des employeurs à interdire les symboles religieux sur le lieu de travail. Jean-Luc Mélenchon a été le seul député du groupe à voter pour l’interdiction.
Il en a été de même, un mois plus tard, sur une résolution plaidant pour un resserrement des relations de l’Union européenne avec l’Iran. Une fois encore, il a été le seul député français de la GUE à s’y opposer, son groupe politique ayant soutenu le texte.