Le programme européen de Marine Le Pen

 

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Synthèse réalisée par Jean-Guy Giraud, membre du ME-F 31

Dans ses propositions officielles, comme dans les débats relatifs à la campagne présidentielle, le Front National (FN) a choisi de placer la question européenne comme une sorte de préalable à la réalisation de son vaste plan de réformes.

La première de ses 144 propositions vise à permettre à la France de "retrouver sa liberté et la maîtrise de son destin" en "parvenant à un projet européen respectueux de l'indépendance de la France, des souverainetés nationales". Pour cela, elle devra "engager une négociation avec ses partenaires européens suivie d'un referendum sur son appartenance à l'UE".

Plus loin, le programme du FN explicite sur quels points particuliers cette indépendance doit être retrouvée :

- rétablissement des frontières nationales et sortie de l'espace Schengen (P. 24)

- mise en place d'un protectionnisme intelligent (P. 35)

- rétablissement d'une monnaie nationale (P. 35)

- retrait du drapeau européen des bâtiments publics (P. 93)

- transformation de la PAC en politique agricole française (P. 126)

- refus des traités de libre-échange (TAFTA, CETA, ...) (P. 127) .

Mais, indépendamment de la nature exacte de ces propositions, il faut surtout s'interroger sur les raisons qui amènent le FN à axer, à centrer son projet politique et sa campagne sur la "question européenne" - alors que, en fait, la quasi-totalité des 144 propositions n'ont rien à voir avec l' "Europe".

Plusieurs raisons alternatives ou cumulatives peuvent être supposées :

- la conviction sincère que la réalisation du programme FN se heurtera à trop d'obstacles (juridiques ou politiques) inhérents au "système européen",

- le désir de miser (de "surfer") sur l'impopularité actuelle de ce système et, plus généralement, du phénomène de mondialisation,

- corrélativement, le désir de s'appuyer sur une résurgence de sentiments nationaux (nationalistes) au sein d'une partie de l'opinion,

- le souhait d'identifier une sorte de "sésame" (le "Frexit") dégageant à lui seul la porte du progrès économique et social,

- la tentative d'assimiler UE et élitisme de manière à faire porter, en priorité, les critiques de l'opinion sur une catégorie bien identifiée et "cosmopolite" - celle de l'élite pro-européenne, séparée du peuple et indifférente à son sort,   

- la volonté de se démarquer nettement de la plupart des autres partis et candidats dont le réformisme européen est plus mesuré, voire contourné,

- la vulnérabilité d'un adversaire (l'UE) absent de la campagne et que la plupart des autres candidats répugnent à défendre,

- une certaine aigreur personnelle des principaux dirigeants du FN, suite à un ostracisme ressenti au sein du Parlement européen.


En résumé, le FN semble avoir choisi de simplifier/"sloganiser" ainsi son appel à l'électorat : "Votez pour nous car nous sommes contre l'Europe".

Cette stratégie a pour effet de mettre en porte-à-faux les principaux adversaires du FN, pour lesquels "le verre européen" est soit à moitié vide soit à moitié plein. Adversaires qui, se refusant à proposer des "solutions" aussi radicales qu'un "Frexit", sont contraints de développer des arguments plus nuancés et donc forcément plus complexes.

L'autre conséquence pourrait être d'entrainer tous les candidats sur le terrain ainsi choisi par le FN et, dans une certaine mesure, de transformer le débat présidentiel en un débat sur l'Europe.

Les semaines qui précèdent encore l'élection - certainement fertiles en rebondissements de tous genres - montreront si cette stratégie du FN est soutenable ou si, au contraire, le débat reviendra sur des terrains plus classiques, plus domestiques voire plus personnalisés ...